ATTIC MUSIUM

神奈川大学
日本常民文化研究所
Institute for the Study of Japanese Folk Culture Kanagawa University

A la recherche d'une anthropologie non-hégémonique: la triangulation des cultures,vol.1

FIA Tokyo 2013 Préambule

Préambule « FIA 2013 Tokyo » Junzo KAWADA

Préambule « FIA 2013 Tokyo »

Yokohama, le 2 septembre 2013

Chères/Chers tous,

Voici les résultats de notre rencontre FIA Tokyo 2013, réalisé grâce à notre collègue Raymond MAYER, qui a activement participé à toutes les séances.

C’était la première rencontre FIA tenue en Asie dans un pays non francophone, ce qui a nécessité un dispositif d’interprétation simultanée, et par conséquent la transmission préalable des textes complets des communications. Malgré ces inconvénients, nous avons constaté que les anthropologues des quatre coins du monde savaient se comprendre, ce qui aura été un des résultats les plus stimulants du FIA-Tokyo 2013.

Pour information, nous reproduisons ci-dessous le programme du FIA Tokyo 2013.

FIA (Forum International des Anthropologues)
À la recherche d’une anthropologie non hégémonique.
Colloque 2013 Tokyo: “La triangulation des cultures”
Organisé par l’Université Kanagawa (Institut de recherches sur les cultures populaires du Japon) et la Maison Franco-Japonaise de Tokyo
Grande salle de conférence, Maison Franco-Japonaise de Tokyo
Dates: 16~18/05/2013

Programme:

Jeudi 16: 18:00~20:00

Dialogue-débat de François Laplantine et Junzo Kawada, animé par Nobutaka Miura, autour du thème “Triangulation des cultures, Lévi-Strauss, Japon” (interprétation simultanée japonais-français)

Vendredi 17 et Samedi 18: 4 symposia. Chaque symposium comporte 4 interventions de 25 minutes et 10 minutes de débats, le président de séance disposant d’un temps de parole de 10 minutes pour introduire et 10 minutes pour conclure. 180 minutes au total pour chaque symposium. Langues de communication : japonais et français, avec interprétation simultanée.

Vendredi 17: 10:00~13:00 Symposium “Langage / Communication”

Vendredi 17: 14:00~17:00 Symposium “Religion / Conception du monde”

19:00 Buffet offert par le président de l’Université Kanagawa et le président de la Maison Franco-Japonaise de Tokyo; Paroles de bienvenue des deux présidents.

Samedi 18 10:00~13:00 Symposium “Techniques / Sciences médicales”

Samedi 18 14:00~17:00 Symposium “Corps, Théâtre, Danses”



En vous remerciant vivement d’avoir participé au FIA Tokyo 2013, malgré le prix du transport aérien qu’il a occasionné, et en souhaitant plein succès à notre prochaine rencontre de Nouméa en 2014, nous vous disons « À bientôt ! »



Junzo KAWADA
Secrétaire-général
Comité d’organisation du FIA Tokyo 2013

FIA Tokyo 2013 : A la recherche d’une anthropologie non-hégémonique
16-05-2013 Débat : la triangulation des cultures

La triangulation des cultures ; Lévi-Strauss ; le Japon

Conférenciers :
François LAPLANTINE (univ. de Lyon 2)
KAWADA Junzō (univ. Kanagawa)

Modérateur :
MIURA Nobutaka (univ. Chūō)

L’anthropologie culturelle est une discipline qui s’est développée dans des pays occidentaux modernisés comme l’Angleterre ou la France, qui possédaient des colonies. Le Forum international des anthropologues revendique lui une anthropologie non hégémonique, par opposition à cette anthropologie occidentalo-centrée qui étudie principalement les cultures « périphériques » de pays « sous-développés ». Il tiendra les 17 et 18 mai son forum annuel à la Maison franco-japonaise à Tokyo. En ouverture de cette rencontre, le 16 mai, un débat sur la « triangulation des cultures » sera organisé entre les anthropologues Kawada Junzô et François Laplantine.
La « triangulation des cultures » est une approche comparative revendiquée depuis longtemps par Kawada Junzô, qui a commencé par des enquêtes anthropologiques sur le Japon, et a ensuite été formé en France comme anthropologue africaniste. Il a mené des recherches de terrain chez les artisans dans les provinces de France, en même temps qu’en Afrique occidentale, notamment chez les Mosi du Burkina Faso. Cette méthode consiste à dépasser la simple confrontation entre deux cultures, en y introduisant une troisième, en vue de relativiser la subjectivité de l’observateur contaminé par sa propre culture, et en même temps de révéler les caractères fondamentaux de chacune des trois cultures.
De son côté, François Laplantine, de formation philosophique et anthropologique, à développé une « anthropologie du sensible » fondée sur l’ethnopsychanalyse, en réintroduisant le concept de « sujet », par opposition à l’anthropologie structurale de Lévi-Strauss. Ses recherches portent principalement sur le Brésil, mais suite à ses observations à l’occasion de plusieurs séjours au Japon et en Chine ces dernières années, il a suggéré la possibilité d’une « approche quadrangulaire des cultures ».
Lors de ce débat, les deux anthropologues partiront du recueil posthume de textes de Lévi-Strauss L’autre face de la lune. Écrits sur le Japon (2011) — traduit en japonais par Kawada et recensé par Laplantine —, pour mener un échange sur leur conception respective de cette « triangulation des cultures » et leur vision du Japon, du dedans et du dehors.

Organisation : Bureau français de la MFJ, Fondation MFJ
Collaboration : univ. Kanagawa (Institut de recherches sur les cultures populaires du Japon)
Soutien : Institut français du Japon

FIA Tokyo 2013 : A la recherche d’une anthropologie non-hégémonique 16-05-2013 Débat : la triangulation des cultures

A propos de "L’Autre face de la lune” écrit par Lévi-Strauss

KAWADA Junzō (univ. Kanagawa)

La triangulation des cultures, c’est une méthode de relativiser mutuellement la subjectivité culturelle entre trois cultures dont les deux sont périphériques, de préférence, en vue d’atteindre à une anthropologie non-hégémonique, et plus ou moins universelle.

Le concept ainsi que le terme de “triangulation” ont été empruntés à la géodésie, dans une perspective métaphorique, avec deux points sous-entendus: d’abord, le recours à trois références culturelles doit permettre d’obtenir plus facilement et avec une efficacité accrue la relativisation et l’objectivation de l’une des trois cultures concernées, grâce à une confrontation en alternance avec les deux autres; ensuite, il doit être possible, en partant des trois cultures choisies, d’élargir graduellement le réseau de mesures à trois points, comme en géodésie, avec pour objectif final de couvrir l’ensemble des cultures de l’humanité, et cela, bien entendu, en concours avec d’autres chercheurs de la même ambition, mais spécialisés dans d’autres aires géographiques et culturelles.

Dans mon cas, ces trois cultures choisies sont celles du Japon, du Mossi du Burkina Faso et de la France. Or, même si les hasards de la vie ont en partie présidé à ce choix, largement déterminé par les étapes successives de mon parcours personnel, il se trouve que la sélection de ces trois sphères culturelles revêt déjà une certaine pertinence dans la représentation de l’ensemble des cultures humaines, puisqu’elles relèvent respectivement de l’Asie, de l’Europe et de l’Afrique.

Lorsque j’ai entrepris des études d’anthropologie à l’Université de Tokyo, mon objectif était l’observation de la culture japonaise à l’aide de méthodes propres à cette discipline, et j’ai mené de nombreuses enquêtes sur le terrain dans diverses régions de l’archipel nippon.

Plus tard, dans le cadre de la préparation d’une thèse de doctorat au sein de cette même université, j’ai voulu pousser plus avant ma recherche et me pencher sur une autre culture en apparence très différente de la mienne : mon but était en fait de vérifier si les hommes étaient fondamentalement différents les uns des autres à cause de la diversité des cultures ou si, en approfondissant ma connaissance d’une culture à première vue bien distincte de la mienne, je pourrais atteindre une sorte de couche commune, un peu comme lorsqu’on découvre, à force de creuser vers les profondeurs de la terre, une nappe souterraine reliant par le sous-sol plusieurs points d’eau qui, en surface, paraissent n’avoir aucun lien et sont très éloignés les uns des autres.

C’est ainsi que, après quelques tâtonnements, j’ai décidé que les anciens royaumes mosi du Burkina Faso (pays qui venait de recouvrer son indépendance et s’appelait encore la Haute Volta) constitueraient le deuxième volet de ma recherche.

Mais à l’époque, on ne trouvait au Japon ni spécialistes des études africaines, ni documents de références sur ce thème. J’ai donc été amené à poursuivre mes travaux en France, où j’ai pu non seulement m’initier aux études africaines, mais aussi parfaire mes connaissances sur les théories des écoles françaises de sociologie et d’anthropologie, auxquelles je portais un grand intérêt et que j’avais pu approcher au Japon grâce à de nombreuses lectures.

Pendant cette période d’étude en France, j’ai eu la chance d’aller vivre quelque temps en Afrique, notamment chez les Mosi, et cette possibilité s’est encore présentée à moi à plusieurs reprises, une fois passée la soutenance de ma thèse de doctorat à l’Université de Paris V. Curieusement, si j’ai commencé à connaître l’Afrique par l’intermédiaire de la France, je peux dire, après plusieurs séjours assez longs sur le continent africain, que c’est en quelque sorte par l’intermédiaire de l’Afrique francophone que j’ai vraiment rencontré la France. En effet, mes diverses expériences africaines m’ont permis d’adopter un nouveau point de vue et, ce faisant, de relativiser mon attachement, pourtant très fort, à l’égard de la culture française.

Par ailleurs, sur l’invitation du C. N. R. S. – pour la poursuite de mes recherches – ou de l’E. H. E. S. S. – afin de diriger un séminaire –, j’ai passé en France des périodes dont la durée totale est sensiblement équivalente à celle de mes séjours en Afrique, et c’est avec un grand intérêt anthropologique que j’ai visité diverses régions françaises pour interviewer des paysans dans leur ferme ou des artisans traditionnels dans leur atelier.

Invité par le gouvernement du Burkina Faso, dans le cadre de sa coopération avec le Japon, à diriger un nouveau projet de recherches sur la possibilité de mettre les techniques traditionnelles de base au service du développement, j’ai eu l’occasion de mener dans ce pays des enquêtes de terrain, en collaboration avec des partenaires burkinabè, pendant deux années et demie, de janvier 1972 jusqu’ en septembre 1974. Le rapport de cette mission a été publié en 1974 par le Musée National de Ouadadougou sous le titre: Technologie voltaïque, et heureusement comme cette brochure a été bien vendue et épuisée, on l’a rééditée en 1986 sous le titre : Technologie burkinabè, suite au changement d’appellation de l’État. Cette expérience m’a amené à concevoir la notion de “la culture technologique”. Ce nouveau concept comprend, en dehors des techniques proprement dites, des valeurs culturelles telles que les notions de nature ou de travail, ou encore le système socio-politique dans lequel se pratiquent et se transmettre ces techniques.

Plus tard, j’ai développé ce concept par la méthode de “la triangulation des cultures”, et présenté trois modèles d’orientation de base de la culture technologique. Certains aspects de ces recherches ont été publiés par l’UNESCO en 2000, sous la forme d’une brochure servant de base de travail (working paper) au comité scientifique, dont j’étais membre, en charge du Rapport sur la culture du monde 2000.

De retour au Japon en 1975, après cette participation au service de la coopération burkinabè-japonais, j’ai occupé durant 23 ans un poste de chercheur à l’Institut de recherches sur les langues et cultures d’Asie et d’Afrique de Tokyo – une position privilégiée pour mener des recherches à l’étranger, en ce sens qu’elle m’a permis de disposer à la fois de temps et de financements : j’ai donc pu procéder en Afrique à de nombreuses investigations sur le terrain, en particulier en pays mosi. Mes travaux m’ont aussi amené à assurer la direction de plusieurs projets de recherche en collaboration avec des collègues africains, notamment un programme intitulé “La Boucle du Niger : approches multidisciplinaires”, qui s’est étalé sur huit années de 1986 à 1994, et a abouti à la publication d’un rapport en quatre volumes en français. Par ailleurs, quatre volumes ont été publiés dans le cadre du projet “Cultures sonores d’Afrique”, qui a débuté en 1994, et est également mené de concert avec des collègues africains ; des recherches collectives dans la même orientation se poursuivent encore aujourd’hui, sous le titre : “Patrimoine immatériel en Afrique”.

Ce parcours anthropologique qui relie le Japon, l’Afrique et la France, la répétition incessante de ces allers et retours entre ces trois points de référence culturels, qui me sont aujourd’hui également chers, ont instauré chez moi l’habitude, lorsque je pense à l’un d’eux, de me référer aux deux autres.

La comparaison des cultures peut être entreprise sur deux modes distincts, l’un reposant sur la continuité, l’autre sur la rupture. La confrontation des cultures japonaise d’une part, et coréenne ou chinoise d’autre part est un bon exemple de comparaison “en continuité”. Dans un tel cas, on procède à l’étude des relations historiques entre les sphères culturelles concernées, avec tout ce qu’elles impliquent d’influences, d’introduction ou de rejet d’un certain nombre d’éléments culturels.

En revanche, les influences liées à l’histoire n’interviennent plus dans la réflexion dès lors que l’on compare des cultures qui, selon toute vraisemblance, n’ont eu aucun contact par le passé, comme la culture japonaise et celle des Mossi d’Afrique occidentale, dont je scrute depuis de nombreuses années les points communs et les dissemblances. L’exercice consiste alors, en quelque sorte, à disséquer le “raisonnement” propre à chacune des deux cultures. Ce type de comparaison “en rupture” a une valeur heuristique pour dégager le sens essentiel d’un phénomène donné pour l’être humain, tels le travail, la mort, le souverain ou l’agriculture, car il permet de saisir des faits qui, sinon, seraient restés inconscients.

En schématisant un peu, je dirais que la comparaison est d’ordre “historique” dans le premier cas, d’ordre “logique” dans le second. La triangulation des cultures appartient à la seconde catégorie, mais elle a ceci de particulier qu’elle s’appuie sur la confrontation non pas de deux, mais de trois points de référence. Les trois cultures sur lesquelles reposent mes travaux comparatifs sont celles du Japon, de la France et de l’Afrique de l’ouest, plus précisément de la société mossi du Burkina Faso, à laquelle je consacre des recherches depuis plus de quatre décennies : au cours de cette période, j’ai d’ailleurs séjourné au total neuf années chez les Mossi et dans des sociétés avoisinantes, et quasiment autant en France.

Ces trois cultures, que les hasards de la vie m’ont conduit à choisir, me paraissent pourtant suffisamment représentatives pour faire l’objet du type de réflexion anthropologique que je préconise. La culture japonaise, née en Asie, est le terreau sur lequel s’est développée mon identité culturelle primaire. La culture française est européenne : c’est celle dans laquelle s’est formée la pensée anthropologique en général et la mienne en particulier. Quant à la culture mossi, qui s’est épanouie en terre africaine, dans une orientation radicalement différente des deux cultures japonaise et française, elle peut néanmoins leur donner de précieuses leçons, comme je l’ai montré dans tous mes écrits sur l’Afrique.

De plus, ces trois sphères culturelles qui, sous bien des aspects, présentent entre elles de grandes différences, n’ont eu aucun contact direct et plus ou moins développé jusqu’à la seconde moitié du 19e siècle. Elles sont donc assez propices à une “comparaison en rupture”, telle que je l’ai décrite plus haut.

Colloque 2013 Tokyo “La triangulation des cultures”

Programme :
Vendredi 17: 10:00 – 13:00 Symposium “Langage ; Communication”

1) Nobutaka MIURA (Univ. Chûô): Triangulation des langues: Autour de la traduction du Contrat social par Nakae Chomin (1847-1901)
2) Pauline CHERRIER (Univ. d’Aix-Marseille) : De la rencontre entre Japon et Brésil : un examen des recréations linguistiques et culturelles.
3) Kazuyoshi SUGAWARA (Univ. de Kyoto) : Logique et ordre de l’échange
verbal en tant qu’une expérience corporelle: exemples d’analyse des
conversations quotidiennes chez les cueilleurs Guï.

Vendredi 17: 14:00 – 17:00 Symposium “Religion ; Conception du monde”
1) Hua CAI (Univ. de Pékin):Esprit humain démon (et leur médium)
– La “religion” en tant que terme technique demeure-t-elle utile? -
2) Berthe M’BENE-MAYER (Univ. Saint-Exupéry de Libreville) :
La triangulation des cultures religieuses au Gabon.
3) Kenji SANO (Univ. Kanagawa): L’acceptation du Bouddhisme: facteurs ethniques et facteurs coutumiers.

Samedi 18 : 10:00 – 13:00 Symposium “Techniques ; Sciences médicales”
1) Akira GOTO (Univ. Nanzan) : La technicité et ses tendances trouvées à
l’innovation des moyens du transport maritime dans le monde austronésien : réflexions sur l’applicabilité des concepts de l’anthropologie technologique française.
2) Xing ZHOU (Univ. Aichi):Fête annuelle de Tango en Asie orientale :
quelques questions autour des produits médicaux.
3) Lili BAI (Univ. Kanagawa) : Réflexions sur les changements des activités
de subsistence et les croyances : le cas des croyances liées aux ovoo chez les Mongols.

Samedi 18: 14:00 – 17:00 Symposium “Corps, Théâtre, Danses”
1) Ritsuko HIROTA (Univ. Kanagawa) : Réflexions sur la transmission des pratiques rituelles aux moyens des techniques du corps.
2) Masaichi NOMURA (Musée National d’Ethnologie, Osaka) : La mémoire
et le corps : problématiques autour de dementia.
3) Michaël FERRIER (Univ.Chûô) : Lévi-Strauss et le Japon: regarder, écouter, lire, fragments d’un corps amoureux.
4) Raymond MAYER (Univ. Omar Bongo) : La triangulation des cultures de masques (Afrique, Amérique du Nord, Asie, Europe, Océanie).

17-05-2013 A la recherche d'une anthropologie non-hégémonique: la triangulation des cultures,vol.1

«Triangulation des langues : Autour de la traduction du Contrat social par Nakae Chômin (1847-1901) » MIURA Nobutaka (univ. Chûô)

MIURA Nobutaka(Université de Chûô)

Ce qui m’a fait découvrir Kawada Junzô, avant de le connaître comme traducteur de « Tristes tropiques » de Lévi-Strauss en 1977, était son premier livre intitulé « Voyage au Maghreb » publié en 1971. Je l’ai réellement rencontré en 1991, lorsque l’Académie française lui a décerné le prix de la Francophonie. Il a donné une conférence en français à la Maison franco-japonaise alors que j’étais son interprète. J’ai été attiré par ses recherches portant sur la communication par le « son » dans une société sans écriture : sa théorie me semblait être à l’opposé de celle de Jacques Derrida qui a développé une théorie autour de l’écriture en critiquant le principe de la phonétique.

Plus tard, quand j’ai eu un projet d’édition sur le « principe du multilinguisme », j’ai demandé au Pr Kawada, un homme riche d’expériences linguistiques en tant qu’africaniste, d’écrire un article (« Quel est le multilinguisme ? » Edition Fujiwara, 1997). Récemment, j’ai reçu une demande symétrique de sa part et j’ai décidé de parler sur la « triangulation des langues » alors que je ne suis pas anthropologue.

J’ai appliqué très librement la méthode de triangulation dans ma triade des démocraties française, américaine, et japonaise, ou encore dans celle du républicanisme français, du multiculturalisme anglo-saxon et du modèle antillais de créolisation. Or cette fois-ci, je propose la possibilité d’un dialogue en français entre chinois et japonais comme triangulation des langues.

Je vais notamment parler de la traduction chinoise, par Nakae Chômin, du « Contrat social » de Rousseau (1762), en me fondant sur des échanges récents avec le Pr Anne Cheng (Collège de France), auteur de l’ « Histoire de la pensée chinoise » (1997). Les « Dialogues politiques entre trois ivrognes » (1887) de Nakae ayant aussi sa version française, j’invoquerai également les rôles de la traduction dans la communication de pensée et dans les dialogues interculturels.

« De la rencontre entre Japon et Brésil: un examen des recréations linguistiques et culturelles » Pauline CHERRIER (univ. d’Aix-Marseille)

Pauline CHERRIER(Université d’Aix-Marseille)

Japon et Brésil sont liés par une histoire de migrations qui débuta en 1908 avec l’émigration des Japonais au Brésil et se poursuivit à partir de la fin des années 1980 avec l’émigration des nippo-brésiliens au Japon. Depuis, la confrontation de ces deux cultures, d’abord au Brésil puis au Japon, a donné lieu à des recréations culturelles que l’on qualifie aujourd’hui communément de nippo-brésiliennes. Nous nous intéresserons aux usages linguistiques des nippo-brésiliens tant au Brésil, où la langue japonaise parlée par les émigrés se transforma au contact de la langue portugaise, qu’au Japon, où le portugais parlé par les nippo-brésiliens se nourrit lui aussi de la langue japonaise. Ces langues nippo-brésiliennes pâtissent souvent d’une perception négative en tant que langues minoritaires, incomplètes et dites de « migrants » ou « d’immigrés ». Pourtant, au sein des médias lusophones du Japon dits médias ethniques (esunikku media) l’usage d’un portugais « nipponisé » est parfois valorisé. Cet examen des mots des migrants mettra en lumière le processus de recréation linguistique et culturel aboutissant à l’émergence d’une culture tierce nippo-brésilienne, elle-même non figée et toujours en évolution, dont la compréhension nécessite la triple « maitrise » d’outils linguistiques et culturels japonais, brésiliens et nippo-brésiliens.

« Logique et ordre de l’échange verbal en tant qu’une expérience corporelle : exemples d’analyse de conversations quotidiennes chez les chasseurs-cueilleurs Gui du Botswana » SUGAWARA Kazuyoshi (univ. de Kyoto)

SUGAWARA Kazuyoshi(Université de Kyoto)

L’hégémonie scientifique de l’Occident est en partie fondée sur une vision linguistique déséquilibrée : elle recherche l’essence de la langue en cartographiant le monde par l’exposé de propositions phrastiques. Il y a là, à la base, une théorie centrée sur des règles, aussi bien dans les actes verbaux que dans les interactions. Pour moi, la source de la langue se trouve dans la communication sonore du face à face. Dans ma communication, je vais essayer de clarifier ces deux aspects, en me fondant sur les résultats d’analyse des conversations quotidiennes chez les chasseurs-cueilleurs Gui du Botswana :

  1. Le processus de négociation en vue d’un profit peut mieux se comprendre en utilisant le modèle dit de la « balance » (qui consiste à analyser l’effet des gestes accumulés) que celui qui est dit « balle de billard » (qui concerne des actes illocutoires fondés sur les conditions de pertinence). Par ailleurs, la « logique » qui enchaîne les gestes sera le mécanisme qui amène la négociation à une « simulation de querelle ».
  2. Je vais essayer d’observer la limite d’un système dit de « prise de tour de parole » qui, dans l’analyse des conversations en Occident, était considéré comme un fondement d’ordre dans les interactions. Et je vais démontrer le fait que les longues conversations simultanées ne sont pas un signe de désordre, mais qu’elles jouent un rôle certain par rapport au contexte de conversation.

« Esprit humain démon (et leur médium) - La “religion” en tant que terme technique demeure-t-elle utile? - »  Hua CAI (univ. de Pékin)

Hua CAI(Université de Pékin)

L’étude comparative entre quatre systèmes de représentation du corps (ceux des Na, des Han, des Français et des Samo) entreprise par l’auteur a abouti à la conclusion suivante: tout système de la méta-parenté est basés sur une série de croyances. Un des enjeux théoriques de cette conclusion consiste à dire: en premier lieu, il n’y a pas que les croyances attribué à la religion qui constituent du “sacré”, mais aussi celles à l’égard de la méta-parenté, de celle de la politique et de celle de l’économie, c’est-à-dire, ce qui est regardé comme “profanes”par Durkheim et entre autres, semblent être également “sacrés ; en conséquence, en second lieu, la division classique de quatre domaines en anthropologie ou en sciences sociales (parenté, politique, économie et religion) s’avère remise aussi en cause, car comme la vie religeuse, la vie de la parenté, celle de la politique et celle de l’économie ont chacune pour fondement une série de croyance. Ainsi, entendre la “religion”par une série de croyances ou un ensemble de symboles ne s’avère plus adéquat. A travers un examen de certaines formes de la vie religieuse, l’auteur essaie de montrer que si notre choix était de continuer à garder la “religion” dans le vocabulaire technique, il semblerait nécessaire de réduire l’acceptation de ce terme.

« La triangulation des cultures religieuses au Gabon » Berthe M’BENE-MAYER (univ. Saint-Exupéry de Libreville)

Berthe M’BENE-MAYER(Ancien maire de Lambaréné (Gabon), Université franco-gabonaise Saint-Exupéry)

Reprenant les conclusions d’un mémoire de 3e cycle présenté en 1983 devant un jury de l’université Paris I, j’aimerais ré-examiner la pertinence des concepts anthropologiques couramment appliqués aux relations entre cultures à travers l’exemple particulier des cultures religieuses en rencontre dans mon pays, le Gabon. Loin de me situer dans la perspective des « sociétés froides » rebelles au changement de la terminologie de Lévi-Strauss, je voudrais au contraire montrer que la société gabonaise est tout entière « chaude » si l’on veut conserver ce qualificatif pour désigner les sociétés ouvertes au changement. Je voudrais le montrer sur le plan religieux et en appliquant la triangulation à l’intérieur d’un même espace national. La rencontre des cultures religieuses qui s’est historiquement produite dans mon pays était le fait de cultures qui étaient « en rupture » et non « en continuité », pour employer les termes de Kawada Junzo.

En fait de triangulation, je pense qu’il n’est pas nécessaire de faire appel à trois continents, parce que, pour prendre le cas précis du Gabon, je vais me référer à l’arrivée du christianisme d’Occident au milieu de nos religions africaines, je pourrai ensuite en appeler aux conversions à l’islam du Moyen-Orient, mais j’évoquerai surtout l’importante influence de l’Egypte antique dans nos cultes gabonais pour disputer d’un troisième pôle religieux qui investit durablement l’univers religieux que nous pratiquons et que nous concevons. Ma conclusion tirera les leçons de cette triple confrontation.

« L’acceptation du Bouddhisme: facteurs culturels et ethniques » Kenji SANO (univ. Kanagawa)

SANO Kenji(Univ. Kanagawa)

Le Konjaku Monogatari-shû (« Recueil d’histoires maintenant du passé »), écrit à la fin de la période Heian (794-1192), est composé d’anecdotes bouddhiques des trois pays : l’Inde, la Chine et le Japon. Le Bouddhisme, originaire de l’Inde, ne s’est pas propagé vers l’ouest, mais vers l’Extrême-Orient, pour atteindre le Japon. Pendant cette expansion, la transmission des paroles de Bouddha s’est faite par oral. Textes et dogmes du Bouddhisme se choisissaient et s’accroissaient pour que chaque culture ethnique constitue son propre bouddhisme populaire.
Dans ma communication, je vais essayer de classer les croyances populaires, non du point de vue des études bouddhiques ni de l’histoire bouddhique, mais en prenant comme indicateur la façon dont le Bouddhisme était accepté par chaque culture ethnique, et en partant de cas concrets.

  • Les critères de comparaison :
     La continuité → Les recherches des études folkloriques comparées(Folklore)
     La discontinuité → La triangulation des cultures (Anthropologie)
  • Quatre types de croyance folklorique :
     ①Croyance indigène
     ②Croyance populaire
     ③Religion folklorique
     ④Religion ethnique
  • Comment saisir le folklore bouddhique ?
     ①Folklore bouddhique a + b = ab
     ②Shugendô (Chemin de la formation et de l’essai) a x b = c
    Le dogme (Universel) – Les religieux (Historique) – Le folklore(Stéréotype)
  • La croyance en Akasagarbha et celle en Ksitigarbha et leur développement à la japonaise.